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Comment passer de la sensibilisation à l'action ? Partie 2 : les freins propres à l’individu

  • Photo du rédacteur: Ninon Scotto di Uccio
    Ninon Scotto di Uccio
  • 1 avr.
  • 14 min de lecture

Voici un extrait de mon mémoire réalisé lors de mon Master Gestion de l’environnement, Communication écocitoyenne, Patrimoine et Développement durable, à l'Université Côte d'Azur Nice, France.

C'est le résultat d'une recherche théorique sur les freins à l'adoption de comportements écoresponsables.



B- Facteurs internes - Freins propres à l’individu


En plus des freins entre sensibilisation et adoption de comportements écoresponsables qui nous influencent de l'extérieur, il existe un certain nombre de freins intrinsèques aux individus, à leur personnalité : leurs connaissances, leurs motivations, leurs valeurs, leurs attitudes, leurs émotions, leurs priorités, leurs responsabilités et leurs croyances dans leur capacité à créer du changement. 


  1. Connaissances pro-environnementales : Savoir ne suffit pas à nous faire agir


Les premiers facteurs concernant cette problématique qui varient entre individus sont leurs connaissances pro-environnementales. Comme nous l’avons vu précédemment, un Français aujourd’hui reçoit des informations environnementales par son éducation, les médias qu’il consulte, la politique, les publicités et les associations écologiques, en somme dans toutes les sphères de sa vie.

 

Pourtant il ne semble pas y avoir de lien direct entre les connaissances environnementales que détient un individu et son adoption d’un comportement écoresponsable. Ce fait est assez contre-intuitif et n’est pas compris par la majorité des organisations environnementales qui gardent comme stratégie principale la diffusion d’informations. En effet, “Most researchers agree that only a small fraction of pro-environmental behavior can be directly linked to environmental knowledge and environmental awareness" (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 250). Ces auteurs ont aussi avancé que les connaissances sur les questions environnementales sont faibles. Surprisingly, the lack of knowledge was equally strong among environmentalists and nonenvironmentalists. His study therefore implies that environmental knowledge per se is not a prerequisite for pro-environmental behavior.” (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 250).


D’après Anja Kollmuss et Julian Agyeman, comprendre l’impact humain sur l’environnement se fait chez l’individu de manière cognitive et de manière affective. 


  1. Les émotions :  La peur, la tristesse, la colère, mais pas trop


Nous allons définir l’engagement émotionnel comme notre capacité à avoir une relation affective avec le monde naturel. Comme  Anja Kollmuss et Julian Agyeman (2002), nous allons explorer l’engagement émotionnel dans la capacité d’avoir une réaction affective quand on est confronté à de la dégradation environnementale, une des mesures de l’engagement émotionnel dans la sphère environnementale. 


Nos émotions et notre compréhension affective de l’impact que nous avons sur notre environnement affectent les probabilités d’adopter un comportement écoresponsable. De plus, l’engagement émotionnel dans le monde naturel semble être un facteur qui joue pour certains dans l’adoption de comportements écoresponsables. Alexander Grob (1991); Jürgen Lehmann (1999),  ont démontré que les femmes ont plus tendance à réagir fortement aux problèmes environnementaux. Alexander Grob (1991) fait donc l'hypothèse, qui est soutenue par Kollmuss et Agyeman (2002), que plus quelqu’un à une forte réaction émotionnelle, plus il s’engagera dans une action écoresponsable (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 254).


Il soulève la question qui est pertinente ici : qu’est ce qui fait que certains s’investissent émotionnellement et d’autres non ? Cette question est très complexe et ne peut pas être développée en profondeur ici mais nous pouvons relever les principaux freins à l’engagement émotionnel dans les problèmes environnementaux. Anja Kollmuss et Julien Agyeman (2002) relèvent deux principaux facteurs qui peuvent amener au désengagement émotionnel.


D'abord le manque de connaissances et de sensibilisation sur les causes et les effets de la dégradation environnementale peut être une cause de ce désintérêt émotionnel (Preuss, 1991; Fliegenschnee, Schelakovsky, 1998). Malheureusement, ces auteurs précisent qu'apporter des connaissances ne serait pas forcément suffisant pour créer  un engagement émotionnel. 


Ensuite, ils citent Léon Festinger (1957) sur la résistance aux informations non conformes. Dans sa théorie de dissonance, il explique que nous cherchons inconsciemment  de la conformité dans nos croyances et nos structures mentales et que nous percevons l’information sélectivement pour confirmer ce que nous croyons déjà. Ceci a pour effet que sont facilement acceptées les informations qui confirment nos valeurs existantes et nos structures mentales, alors que les informations qui contredisent ou discréditent nos croyances sont évitées ou même non perçues. (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 254) “Festinger’s theory implies that we tend to avoid information about environmental problems because they contradict or threaten some of our basic assumption of quality of life, economic prosperity, and material needs.” (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 254- 255).

 

Et même quand nous ressentons de l’engagement émotionnel pour cette cause, nous pouvons encore ne pas agir de manière écoresponsable... (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 255). En effet, il semble qu’il faut différencier ici les émotions qui freinent les comportements écoresponsables et celles qui les encouragent. 


En effet, d’après Nancy Newhouse (1991) et Louise Chawla (1999), quand nous sommes face aux effets et aux implications sur le long terme des dégradations environnementales, nous pouvons ressentir de la peur, de la tristesse, de la douleur, de la colère et un sentiment de culpabilité. D’après ces auteurs, ces réactions émotionnelles sont d’autant plus fortes quand nous subissons la dégradation directement. Anja Kollmuss et Julien Agyeman (2002) font l'hypothèse que la peur, la tristesse et la colère sont plus utiles pour inciter à des comportements écoresponsables que le sentiment de culpabilité. Ils remarquent aussi que des émotions fortes liées à un sentiment d’impuissance ne se traduiraient pas dans une action écoresponsable. 


Au contraire, “They will lead to secondary psychological responses aimed at relieving us from these negative feelings. Very often those secondary responses prevent us from pro-environmental behavior. Psychologists distinguish between different defense mechanisms. These include denial, rational distancing, apathy, and delegation.” (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 255). Cette situation de blocage émotionnel est reprise par Rubens "De même, la prise de conscience liée à la situation délicate dans laquelle se trouve la planète peut augmenter l’anxiété et pousser les individus à tenter de nier le problème (Winter, 2000)." (Rubens, 2011, Page 16)


Quatre chercheurs allemands (Kundzewicz, Matczak, Otto, Otto, 2020) ont aussi trouvé que les messages de peur sont refoulés par notre cerveau, qui tend à supprimer les informations négatives car elles ont un effet paralysant sur nos activités. Ils ajoutent que le sentiment d’incertitude couplé à une perception des risques nous empêche de passer à l’action : “Une haute incertitude combinée avec un contexte négatif de pertes possibles décroît l’intention individuelle à l’action” (Kundzewicz, Matczak, Otto, Otto, 2020 : 77 comme cité dans Libaert, 2020 : 97)


Cette détresse émotionnelle provoquée par la réalisation de la destruction chronique de notre environnement a fait apparaître un nouveau terme de plus en plus étudié : l’éco-anxiété, ou la solastalgie. Les symptômes sont l’angoisse, l’insomnie, le découragement ou le sentiment d’impuissance et la perte de sens, d’après Dr Alice Desbiolles auteur de “L’éco-anxiété vivre sereinement dans un monde abîmé” (2020). L’éco-anxiété et la solastalgie reposent sur un rationnel scientifique et empirique solide qu’il est difficile de contester, ainsi que sur une prise de conscience écologique personnelle.


Quelle que soit son origine ou son déclencheur, cette prise de conscience, plus ou moins rapide et brutale, nous change et nous façonne. Le défi devient dès lors de vivre avec cette nouvelle compagne, de l’apprivoiser, de trouver un nouvel équilibre personnel, d’en faire une force, un moteur pour l’action et le changement, voire une boussole vers le bonheur.” (Desbiolles, 2020, Introduction). Cette éco-anxiété peut donc être immobilisante et peut freiner les comportements écoresponsables, mais ce livre parmi d'autres suggère d’adopter des comportements écoresponsables et militants pour combattre la dépression engendrée par nos impacts sur l’environnement.


Il semblerait donc qu'avoir une forte réaction émotionnelle soit positif pour l’adoption d’un comportement écoresponsable, à condition que ces sentiments ne soient pas trop compliqués à ressentir par l’individu et que celui-ci se sente capable de passer à l’action afin d’atténuer la dégradation qui est la cause de sa peine. 


  1. Motivations et valeurs individuelles : porter de l'intérêt aux autres et à la planète

 

Une autre émotion qui a été étudiée pour comprendre l’adoption d’un comportement responsable est l’empathie, qui est pensée dans le cadre de modèles de motivation altruistes, empathiques et dans des modèles de comportements prosociaux.  Le comportement prosocial est défini par Nancy Eisenberg et Paula Miller (1987) comme “voluntary intentional behavior that results in benefits for another: the motive is unspecified and may be positive, negative, or both’ (comme cité par  Kollmuss et Agyeman, 2002 : 244). L'altruisme est vu ici comme une sous-catégorie de comportement prosocial. 


Plusieurs autres chercheurs ont basé leurs modèles sur des théories d’altruisme, supposant que l’altruisme est nécessaire ou du moins soutient les comportements environnementaux.  James Allen et Jennifer Ferrand (1999) ont fait l’hypothèse que pour agir de manière écoresponsable nous devons porter de l'intérêt à d’autres que nous-mêmes et être soucieux d’une communauté plus vaste. Ils ont fait une étude qui a démontré qu’il y a une relation significative entre le contrôle personnel et la sympathie (leur mesure de “actively caring” ou d’engagement émotionnel) et les comportements écoresponsables (Kollmuss et Agyeman, 2002 : 244).


Jaime De Berenguer (2007) reprend cette idée en se basant sur le modèle d’altruisme de Batson pour mettre en évidence “that moral reasoning about the environment (number of moral reasons given for pro-environmental behaviors) can be improved by manipulating the emotion of empathy.”  (De Berenguer, 2007 : 110). L’empathie pourrait donc jouer un rôle dans l’adoption de comportements écoresponsables car elle influence nos valeurs morales qui nous font agir pour les autres. De plus, De Berenguer (2007) cite deux théories, la théorie de la cognitivité morale du développement (Kohlberg, 1984) et la théorie de la socialisation morale (Hoffman, 2000) pour expliquer les catégories de valeurs personnelles et leur influence sur les comportements écoresponsables. (De Berenguer, 2007 : 111). 


Ces catégories d’orientation de valeurs influencent ce qui motive un individu à adopter un comportement, comme le met en avant Leila Elgaaïed (2013), "Ainsi, les individus dont l’orientation de valeurs est de nature altruiste seront essentiellement motivés d’agir lorsqu’ils perçoivent des conséquences adverses susceptibles de nuire aux autres. Les individus ayant de fortes valeurs dites « biosphériques » s'engagent dans un comportement s’ils perçoivent des conséquences adverses pour la biosphère. Enfin les individus ayant des valeurs plutôt égoïstes seront sensibles à des problèmes dont ils pensent que les effets adverses peuvent les toucher directement (Stern, Dietz et Kalof, 1993)." (Elgaaïed, 2013: paragraphe 10)


Une orientation égoïste peut donc être une motivation pour avoir un comportement écoresponsable tant que ce comportement présente un bénéfice personnel pour lui (économique, santé, qualité de vie), comme prendre le train au lieu de la voiture pour avoir un temps de repos pour lire avant d’arriver au travail. Pourtant cette orientation peut aussi être contre-productive à l’adoption d’un comportement quand celui-ci nie ses besoins et désirs, comme ne pas prendre l’avion pour aller en vacances dans les tropiques. (Kollmuss et Agyeman, 2002 : 245)


À partir de ces modèles, ces chercheurs démontrent que les comportements d'entraide sont formés avec la combinaison de trois critères : les normes sociales et personnelles, la connaissance de la conséquence de leur comportement (ou non-comportement) sur leur cible et le degré de responsabilité que l’individu se donne. (De Berenguer, 2007 : 111). Les comportements écoresponsables sont ici étudiés dans la structure des comportements d’entraide. Pour Jaime De Berenguer, un individu doit donc avoir des normes d'entraide, de la connaissance sur les impacts individuels qu’il a sur son environnement et sentir que c’est sa responsabilité d’agir, pour adopter un comportement écoresponsable. Entre autres “environmental behavior would begin with the perception of a valued-other in need, and the instigating situations would be (self-administered) expectations of reward for helping and punishment for not helping in that situation” (De Berenguer, 2007 : 112).


Des chercheurs ont utilisé la théorie d'activation de normes pour étudier les comportements (d’entraide) écoresponsables et en concluent que nos valeurs ont tendance à être altruistes mais qu’il existe aussi des valeurs à tendances égoïstes et biosphériques. (Schultz, 2000 ; Schultz & Zelezny, 1998 ; Snelgar, 2006 ; Stern, Dietz, & Kalof, 1993 ; Stern et al., 1995). Ces auteurs différencient empiriquement trois valeurs (égoïste, socio-altruiste et biosphérique), selon nos perceptions des conséquences de la dégradation environnementale sur l’individu, les humains en général, et les composants non humains de notre planète. (De Berenguer, 2007 : 112)


Plus spécifiquement, Stern et ses collègues ont mis en avant une théorie de value-belief-norm (valeur-croyances-normes), qui fait l’hypothèse que tout individu peut avoir ces trois tendances de valeurs à différents degrés, qui varient chez chaque personne. De plus, cette théorie exprime que les comportements écoresponsables ont plus de chance d’être adoptés si les individus croient que les éléments environnementaux qui sont importants pour eux peuvent être détériorés et que leur comportement pourrait prévenir cette détérioration. (De Berenguer, 2007 : 112)


Pourtant, Anja Kollmuss et Julien Agyeman (2002) expliquent le fait que les motivations altruistes et sociales sont mises de côté par les motivations plus immédiates visant à combler ses propres besoins (être confortable, économiser de l’argent, du temps). (Kollmuss et Agyeman, 2002 : 250). "Si on nous dit: dans quarante ans, 30% des terres habitables seront submergées, nous trouvons cela moins gênant que de renoncer à nos vacances annuelles aux Seychelles, et surtout à une bonne côte de bœuf dans notre assiette." (Bohler, 2019 : 181). En effet, cette tension entre nos motivations individuelles et collectives est un des problèmes majeurs dans le domaine de l’environnement (Rubens, Gosling, Moch, 2011). “Il s’agit de faire cohabiter des intérêts individuels le plus souvent immédiats avec les intérêts collectifs dont on ne voit pas toujours la portée.” (Rubens, 2011 : 17)


  1.  Les attitudes  : la technologie nous sauvera, alors à quoi bon? 


D'autres ont supposé que changer nos attitudes par rapport à notre environnement par la communication nous amènerait à adopter des comportements écoresponsables. D’après Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, l’attitude est une évaluation globale que porte une personne sur un objet, qui s’exprime en pour ou contre, ou plus ou moins, et qui synthétise un ensemble de savoirs, d’opinions et de croyances. Gordon Allport (1935), lui, définit l’attitude comme un état mental et neuropsychologique de préparation à l’action, dans ce cadre les nouveaux comportements seraient une conséquence d’un changement de l’attitude  (Fointiat; Barbier 2015 : 2). "Les théories de la persuasion partent du postulat que si l’on arrive à modifier les attitudes et les croyances, à l’aide de messages verbaux ou non verbaux, alors les comportements suivront" (Rubens, 2011 : 81)


Les attitudes des Français par rapport aux enjeux d’environnement semblent avoir évolué d’après le baromètre sur les représentations sociales de l’effet de serre et du changement climatique créé par l’ADEME en 2019: "les Français placent l'environnement pour la première fois en haut de la liste de leurs préoccupations." Pourtant, comme les connaissances environnementales, même si les efforts de persuasion fonctionnent et ont un effet sur les attitudes, il n’y a aucune garantie que ces attitudes amèneront à un comportement écoresponsable par la suite. (Rubens, 2011 : 84) 


"Certains auteurs ont cherché à quantifier ce lien attitude-comportement. Wicker (1969) conclut à un très faible lien entre attitude exprimée et comportement observé suite à une méta-analyse portant sur une quarantaine d’études (la corrélation ne dépasse jamais 0,30)." (Rubens, 2011 : 85). En effet, d'après Fabien Girandola et Robert-Vincent Joule (2008) les campagnes de persuasion semblent avoir un effet sur les connaissances et les croyances et peuvent provoquer des prises de conscience, mais ne sont pas suffisantes pour agir sur les comportements des individus. (Rubens, 2011 : 85)


Pourtant, les attitudes que nous portons sur les enjeux environnementaux peuvent être un frein à l’adoption de comportements écoresponsables. Par exemple, "A study of college students’ willingness to engage in pro-environmental behavior found that those who believe technology and growth will solve environmental problems were less likely to make personal sacrifices.",  (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 253). Cette attitude technocentriste est reprise par Lolita Rubens 2011, qui cite cette vision du monde comme une des conséquences du décalage entre les attitudes environnementales et les comportements écoresponsables. “Les populations peuvent ne pas voir les conséquences de leurs actes, faire preuve d’optimisme concernant les capacités de la technologie à résoudre ces problèmes, ou percevoir un manque de contrôle sociétal les concernant (Schmuck & Vlek, 2003)." (Rubens, 2011 : 16)


De plus, lors d’un sondage fait par la Commission européenne sur les attitudes des citoyens européens par rapport à l'environnement, elle constata que seulement 31% des Français pensent que l'action individuelle est un moyen efficace pour résoudre les problèmes environnementaux. (Eurometer number 501, décembre 2019)


Pour remédier à la discordance entre attitude et comportements pro-environnementaux, Lolita Rubens (2011) propose de s'intéresser à “l’implication” ou “l’engagement” des individus dans une situation. (Rubens, 2011 : 25). Cet engagement pourrait remédier à ce décalage auquel nous nous heurtons.


  1. Les lieux de maîtrise : Quel impact peut avoir un individu?


Un autre facteur qui est jugé par beaucoup essentiel dans l’adoption d’un comportement écoresponsable est la croyance qu'une personne peut créer du changement par ses actions dans la situation dans laquelle elle se trouve. C’est ce que le psychologue Julian Rotter, nomme en 1954 “lieu de maîtrise”. Cette croyance personnelle est très importante. En effet, si quelqu’un est sensibilisé à l’environnement et se rend donc compte de l’impact humain sur nos écosystèmes et réagit émotivement face à cette dégradation, mais s’il ne pense pas que son action changera quelque chose à la situation, il pourra tout de même être freiné dans l’adoption d’un comportement écoresponsable. 


Les gouvernements et associations environnementales semblent avoir compris cette importance car les discours sont souvent orientés sur la puissance de l’action individuelle pour créer un changement global. Par exemple, voici le langage utilisé par les Nations Unies dans leur “Guide des Paresseux pour sauver la Planète” : “Il semble impossible pour un citoyen ordinaire de faire changer les choses. Faut-il pour autant baisser les bras ? Non! Tout commence avec vous. Vraiment. Chaque être humain sur la planète, même le plus indifférent et le plus paresseux d’entre nous, fait partie de la solution. Heureusement, il existe quelques habitudes très faciles à prendre dans notre vie quotidienne et qui peuvent faire toute la différence si nous décidons tous de les adopter.


Pourtant il est important de mentionner que tout le monde n’a pas la même capacité de créer du changement par ses actions, en effet Anja Kollmuss et Julien Agyeman (2002) mentionnent le fait que les personnes ont plus ou moins de capacité à changer les choses car le pouvoir est mal distribué entre les membres d’une société (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 246). Ceci expliquerait aussi de manière logique pourquoi certains individus ressentent plus ou moins de lieux de maîtrise sur une situation. 


Ce lieu de maîtrise, qui semble essentiel pour l’adoption d’un comportement écoresponsable, nous amène à une question individuelle complexe : pouvons-nous vraiment créer du changement par nos actions individuelles ? Si oui, à quelle échelle ? Nous n’allons pas mesurer ici l'impact que nous pouvons avoir en tant qu’individus sur la crise environnementale, mais ce qui nous intéresse est la perception qu'ont les individus de leurs capacités à créer du changement et à avoir un impact. 


Beaucoup adoptent le discours du “si moi je change mon comportement mais les autres, 7,8 milliards d'humains sur terre ne le font pas, rien ne changera, alors à quoi bon ?”. En effet Sébastien Bohler met en avant cette mentalité en montrant le coût d’un sacrifice personnel pour agir de manière écoresponsable. "Le souci de la qualité de vie de nos enfants en est une, mais elle est de peu de poids car nous savons qu’isoler notre maison, manger moins de viande, remplacer les recherches sur Google par des entrées directes sur nos sites préférés, privilégier les transports en commun et ne plus prendre l’avion représentent un effort considérable qui n'aura probablement aucun effet sur l'avenir de nos propres enfants si les milliards d'autres êtres humains sur terre ne font pas le même effort." (Bohler, 2019 : 159)


  1. Les responsabilités et les priorités : C’est à l’Etat et aux entreprises d’agir


Très proches de nos lieux de maîtrise sont les perceptions de nos responsabilités par rapport à la crise climatique. La question se pose : qui doit agir pour sauver notre environnement ? Pourtant la réponse varie selon les individus, certains disent que c’est une responsabilité individuelle, d’autres que c’est la responsabilité des grandes entreprises polluantes car elles sont majoritairement à blâmer, d’autres encore pensent que c’est le rôle du gouvernement d’agir pour une transition écologique en agissant sur les entreprises et les individus. D’autres croient encore que les responsabilités sont un mélange de ces trois secteurs : individuel, commercial et politique. D’après un sondage fait par la Commission européenne sur les attitudes des citoyens européens par rapport à l’environnement, les Français se dégagent de leur sentiment de responsabilité individuelle : “87% des Français pensent que les entreprises n'en font pas assez et 83% pensent que le gouvernement n'en fait pas assez.” (Eurometer number 501, décembre 2019 comme cité dans Libaert, 2020) 


Nicolas Hulot dans une conférence en 2019 affirme que personne ne peut exclure sa part de responsabilité envers les enjeux environnementaux. Pourtant, il perçoit les limites individuelles expliquant que nous avons beaucoup de mal à changer de comportements et à nous projeter dans le temps. Il voit l’État comme l’instance qui a un pouvoir sur nous tous et qui doit travailler pour le bien commun, "mais le rôle de l'État c'est de freiner tout ça et raisonner à court, à moyen et à long terme" et c’est lui qui détient le rôle "de trier dans les possibles, de questionner les voies qui ont des issues et pas d'issues". Pourtant il explique que ce n’est pas le cas car l’échelle du temps politique est réduite aux mandats de pouvoir de nos élus, et donc eux aussi pensent à court terme.


L’autre frein élaboré par Anja Kollmuss et Julien Agyeman (2002) reste les autres responsabilités individuelles que l’on ressent pour notre propre bien-être et le bien-être de notre famille. Si un individu perçoit un comportement écoresponsable comme contribuant à son bien-être, il l’adoptera plus facilement, pourtant si ce comportement est vu comme allant à son encontre, l’individu ne le fera pas. (Kollmuss, Agyeman, 2002 : 256) 


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